Le post-partum tel que je ne l’avais pas imaginé : partie 2/3

Chat Urbain Postpartum part 02

(Si vous n’avez pas lu la première partie de cet article, vous pouvez le faire en cliquant ici)

Le retour à la maison, le saut dans l’inconnu

Rentrer à 3 était une belle sensation de bonheur. Mais le repos désiré n’était toujours pas au rendez-vous. Le changement de vie était trop radical, il s’était passé trop de choses nouvelles et l’inconnu devant moi me donnait le vertige. Quand Félix dormait ou que mon mari s’en occupait, je n’arrivais pas à m’endormir. Le mode veille et hypervigilance était activé, impossible de me laisser aller au sommeil… malgré moi !

Je savais que s’occuper d’un bébé était du 24/24h, mais comme rien de semblable ne m’était arrivé jusque-là, comment imaginer l’énergie que ça demandait concrètement ? Les pleurs de bébé, tout le monde connait, mais maintenant que c’était le mien ça me donnait la sensation d’un coup de couteau dans le ventre de l’entendre. Ce petit être fragile et entièrement dépendant, qui ne comprend pas ce nouveau monde dans lequel il a atterrit… Il avait perdu tous ses repères et moi aussi.

Bizarrement, je me sentais à la fois seule et à la fois connectée à toutes les mères. J’ai réalisé d’une toute nouvelle manière que ma mère avait fait pour moi, tout ce que je donnais maintenant à mon enfant.

Le don de soi ultime

Au bout de trois semaines, j’ai dit à mon mari « j’ai l’impression d’être partie au travail le 19 juin dernier et de ne pas encore être rentrée tout en travaillant jour et nuit…« . Aujourd’hui, je comprends que c’est normal, dans les premiers temps, de se perdre soi-même dans ses nouvelles responsabilités, de n’exister plus qu’à travers son bébé imprévisible. Mais quand je le vivais, j’avais beaucoup de mal à me dire que c’était vraiment normal et j’avais la sensation que ça me demandait beaucoup plus de ressources que je ne pouvais en donner.

J’ai choisi d’allaiter sans réaliser à quel point il s’agissait d’un job à part entière (plus de 7h par jour les premières semaines) pour lequel le soutien du conjoint et de l’entourage est très important pour ne pas abandonner. Mes sentiments envers l’allaitement étaient très ambivalents : donner le sein était pour moi une belle continuité de la grossesse, notre fusion perdurait un peu et mon corps continuait de produire de quoi subvenir aux besoins de mon bébé. J’ai particulièrement aimé pouvoir donner la tétée d’accueil à la naissance. D’un autre côté, le lendemain de l’accouchement, donner le sein dans la douleur me paraissait être l’effort de trop. Puis plus tard, à la fin de certaines tétées à rallonge (le soir pour avoir des réserves la nuit ou lors des pics de croissance), je me sentais littéralement vidée. L’allaitement donnait aussi peu de place au papa, mais, si c’était à refaire je tirerais mon lait pour qu’il soit possible de passer le relais pour un biberon. Malgré tout, je ne regrette pas le choix d’allaiter. J’en garde aussi de bons souvenirs et c’est surtout un vécu avec mon bébé que rien ne peut égaler et que je suis heureuse d’avoir pu vivre avec lui.

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Un petit dormeur

Pendant le premier mois, Félix n’a pas dormi plus de 2 ou 3h d’affilées et il n’a pas eu la capacité de dormir une nuit complète avant 7-8 mois (je ne suis pas à l’aise avec l’expression « faire ses nuits »). Sur 24h, il dormait à peine 11h si on additionnait toutes les petites siestes alors qu' »en théorie », un nouveau-né dort entre 16h et 20h par jour ! Tout au long de la journée, s’il était éveillé, on devait le porter car il se sentait très mal en position allongée ou sur un transat. Il n’était pas rare qu’il ne dorme pas pendant 6 heures d’affilées la journée. Il se plaignait dans l’écharpe et n’aimait pas plus la poussette… Les seuls moments de la journée où je le voyais détendu c’était après une tétée qui s’était bien passée et dans le bain. Par la suite, c’est une longue histoire mais nous avons découvert qu’il était intolérant au lait de vache et aux œufs. C’était donc la raison principale de ses coliques, en plus du fait que physiologiquement ce n’était pas un gros dormeur.

Ce démarrage a été compliqué pour prendre confiance en moi dans ce nouveau rôle. Je parle peu du papa, mais c’est parce qu’il s’occupait de tout le reste, les repas, l’approvisionnement, le ménage, le linge, le bain, … et parce que la journée il travaillait, le congé paternité étant extrêmement court. On avait imaginé s’occuper de notre fils autant l’un que l’autre, et c’est le cas ou presque maintenant que je retravaille, mais la grossesse, l’accouchement puis le congé maternité sont un véritable don de soi en tant que femme et c’est pourquoi je trouve important d’en parler…

Ce que peu disent

Je me souviendrai toujours qu’un jour je me suis dit que si on me proposait soit de gagner au loto, soit de pouvoir dormir quelques heures de suite, je n’hésiterais pas une seconde et je choisirais le sommeil. La fatigue a atteint des sommets et parfois j’ai cru que j’étais proche de m’évanouir. Mais en même tant j’étais en lutte pour y arriver, pour ne pas vivre un échec. Autant, j’ai un temps pensé que je vivais un cauchemar éveillé, autant, j’avais quand même la satisfaction d’être là pour mon bébé et de répondre à son besoin d’être contenu et rassuré.

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Dès la maternité, puis à plusieurs reprises, j’ai fait un cauchemar où je fuyais l’hôpital ou notre appartement, en y laissant notre enfant car c’était trop pour moi. C’était assez traumatisant au réveil de me rendre compte de mon rêve et ça a renforcé mon sentiment d’échec. Ce type de ressenti, voire d’autres « phobies d’impulsions » (peurs de faire du mal à son enfant) sont des réalités pour la plupart des nouvelles mamans mais c’est un sujet très tabou (contrairement aux Etats-Unis et en Angleterre où il existe une information officielle à ce sujet). C’est notamment pour ça que je recommande toujours le livre « Bébé, dis moi qui tu es » car il déculpabilise et donne beaucoup de compréhension sur le vécu psychologique. Avec du recul, je n’ai pas honte de penser que prendre des anxiolytiques ou un anti-dépresseur léger m’aurait aidé à mieux vivre cette passe (il en existe qui sont compatibles avec l’allaitement).

Aucun bébé ne naît avec son mode d’emploi. C’est donc complètement normal de ne pas être doué naturellement pour s’occuper de son bébé et pour comprendre ses pleurs. Mais ayant entendu parlé d’instinct maternel, je croyais que je saurais le moment venu et que ce serait inné. Or, je me sentais plutôt perdue et j’ai cru à un moment que je m’étais trompée et que je n’étais pas faite pour être mère.

Félix a fait de moi une meilleure personne

Après le tumulte des premiers mois vient l’apaisement. Je me sens plus forte aujourd’hui car j’ai persévéré et petit à petit mon bébé a pris ses marques et moi aussi. Nous avons tâtonné ensemble, j’ai fait de mon mieux et même si sur le moment ça ne paraissait pas suffisant, ça n’a pas été en vain au final.

Félix m’a tellement appris en humilité et en don de soi. Cette période m’a décentrée de mon petit nombril. La vie de parents est différente et c’est un apprentissage de tous les jours. On commence en bas, hors de sa zone de confort, puis on acquiert de plus en plus de compétences. Je me sens plus humble car je sais que si j’avais eu un accouchement sans conséquences et un bébé dormeur sans soucis de digestion, j’aurais pensé que c’était grâce à mes talents de mère… Or une mère qui a des difficultés n’est pas une mauvaise mère.

Les premiers mois en tant que maman, je me sentais comme une guerrière au combat. Et j’aime d’autant plus fort mon fils car je me suis battue pour lui. Sa vie a pris encore plus de valeur à mes yeux.

Avoir Félix est une chaleur dans mon cœur. Une présence qui n’existait pas en moi et qui ne me quitte jamais. ❤ 

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La partie 3/3 sur le post-partum est à lire en cliquant ici. Il s’agit d’un article bonus avec des idées de ressources et de choses à mettre en place durant cette période « en manque de repères ».

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Un grand merci à Clémence de Besombes pour la 2ème magnifique illustration de couverture ❤

4 réflexions sur “Le post-partum tel que je ne l’avais pas imaginé : partie 2/3

  1. C’est tellement vrai ce que tu dis sur la fatigue…au point d’en éprouver presque de la douleur et d’être en même temps en état de veille et d’hypervigilance permanente…la fatigue rassure-toi s’estompe mais pour le reste c’est pour toujours…on a toujours peur pour eux : quand ils font du vélo, quand ils vont acheter du pain tout seul pour la première fois, le bac, le permis…et puis tout simplement quand ils passent la porte le matin!!!! C’est ça aussi la charge mentale, c’est ton cerveau qui ne s’éteint jamais vraiment! La bonne nouvelle je crois c’est que les femmes sont plutôt bien câblées pour assurer ce rôle et cumuler les mandats!!! Hâte de te lire de nouveau!!!!! Merci Madou

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  2. Ta capacité d’analyse est exceptionnelle ! Je ne me retrouve pas dans chaque mot – car la maternité est différente pour chacune, mais je me souviens bien de plusieurs fois « où je partais au combat » en effet ! Aujourd’hui, avec une enfant rentrant bientôt à l’école, et avec qui on peut discuter, je me rends compte du chemin parcouru, et certains moments difficiles vécus ne sont plus que des flous souvenirs. Aujourd’hui et à chaque étape de la vie de ma fille, je me dis que je suis à ma place.

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